Cfdt Lectra

NAO 2025 : une lutte inégale contre l’inflation

« Léon, je suis content de toi. Tu es un gars super et très engagé dans l’entreprise !
- Merci boss ! I want to Make Lectra Great Again !
- Euh oui, bravo pour ton enthousiasme. Attention malgré tout aux prises de décision parfois un peu trop rapides, tout le monde n’est pas encore prêt. C’est pourquoi cette année, je n’ai pas pu t’avoir d’augmentation individuelle. Surtout que les syndicats ont été gourmands sur l’enveloppe d’augmentation générale, ce qui fait que je n’ai pas beaucoup de marges de manœuvre pour les augmentations au mérite... Tu auras donc l’AG de 125 € bruts par mois, tu passes de 46 000 € à 47 500 € bruts annuels, soit une augmentation de 3.26%. C’est ok pour toi Léon ?
- Oui Ronald, ça fait du bien après une année de gel de salaire ! Compte sur moi pour continuer à donner le meilleur de moi-même ! »

Un dialogue fictif entre deux personnages fictifs, mais peut-être ressemble-t-il de loin à celui que vous avez eu récemment avec votre manager, l’annonce des augmentations ayant traditionnellement lieu au mois de mars, après la conclusion des NAO.

AG à géométrie variable

Cette année, comme en 2024, Cfdt et Sna-Unsa ont présenté un front uni, et un ensemble de revendications élaborées en commun.

En ce qui concerne l’augmentation dite « générale » (ou AG, par opposition aux augmentations individuelles ou AI), notre volonté était de rattraper au moins en partie le manque à gagner suite à une NAO 2024 particulièrement difficile. Pour rappel, l’année 2023 avait été marquée par 2 « profit warnings », c’est-à-dire une révision à la baisse des objectifs économiques annoncés. Face à la volonté de la Direction de ne pas mécontenter plus les investisseurs, nous avions néanmoins fini par trouver un accord qui protégeait les rémunérations les plus modestes :
=> une augmentation mensuelle de 110 € bruts pour les salaires jusqu’à 36 000 € bruts par an

La manière dont est structuré l’accord 2025 tient compte de cet acquis :

  • pour les salariés ayant bénéficié de l’AG 2024, une augmentation de 60 € bruts par mois
  • pour les autres salariés :
    • jusqu’à 65 000 € bruts / an : une augmentation de 125 € bruts par mois
    • entre 65 000 € et 90 000 € bruts / an : une augmentations de 2.3%

Augmentation de salaire, inflation, pouvoir d’achat…

L’appréciation d’une augmentation de salaire ne peut pas se faire uniquement en considérant sa variation, que cela soit en pourcentage ou en € nets, ou bruts. L’inflation, qui mesure l’augmentation du coût de la vie, doit être mise en balance de la variation de salaire. Si le rythme auquel augmentent les coûts de l’énergie, de l’alimentation, de la santé, etc. est plus rapide que la progression du salaire, cela impacte négativement le niveau de vie, ou encore le pouvoir d’achat.

Tout ceci est un peu flou ?

Reprenons l’exemple de notre ami Léon.

  • En 2023, son salaire était de 46 000 € / an.
  • En 2024, il n’a pas eu d’augmentation car il n’était pas dans la tranche concernée (jusqu’à 36 000 € bruts/an), et en 2025, Léon a été augmenté à hauteur de 47 500 €.
  • l’inflation cumulée 2023/2024 est de 4.9%. Si l’on avait voulu maintenir le pouvoir d’achat de Léon, il aurait donc fallu l’augmenter d’autant, ce qui correspondrait à un salaire de 48 254€. C’est ce montant qu’il convient de comparer au salaire au 01/01/2025 de 47 500 €

L’écart est de -1.6%, en défaveur du salaire effectif. Ce qui signifie que si le salaire a bien été augmenté de 3.26% en 2 ans, le pouvoir d’achat lié à la rémunération de Léon a quant à lui diminué de 1.6% !

En horizontal est représenté le salaire brut au 01/01/2023.

En vertical la variation de salaire sur 2 ans, résultat des NAO 2024 / 2025 et inflation déduite.

On pourrait résumer le graphique de la manière suivante :

  • Plus le salaire de référence (au 1er janvier 2023) est bas, plus la revalorisation est importante.
  • En dessous de 36 000 € le pouvoir d’achat a progressé, au-dessus de 36 000 € il a baissé.
  • En 2 ans, le pouvoir d’achat des plus modestes a été revalorisé entre 3.46% et 0.69%.
  • Pour ceux qui n’ont pas bénéficié de la NAO 2024, le pouvoir d’achat a diminué, entre 0.74% et 2.51% sur la même période.
  • Au-delà de 90 000 € le préjudice est de 4.71%.

On notera d’importants effets de seuil, notamment pour les salariés juste au-dessus de la tranche concernée par la NAO de 2024 (concrètement, c’est près 1.5% de perdus sur une période de 2 ans).

Il est important de rappeler que ces calculs ne tiennent compte que des augmentations générales. Sont donc exclus de cette représentation les salariés ayant bénéficié d’augmentations individuelles, mais durant ces 2 dernières années cela représente une minorité.

Quelles conclusions devons-nous en tirer ?

Si nous avons choisi de signer à l’issue de la négociation, c’est parce que nous avons jugé le rattrapage significatif pour une partie importante de la population, qui avait été « oubliée » en 2024, et avait subi un préjudice important avec une inflation de 3.6%. Par ailleurs, et nous l’avons mesuré au travers du graphique ci-dessus, la mesure que nous avons négociée pour les « petits salaires » (60€ bruts supplémentaires par mois) permet de grignoter un peu de pouvoir d’achat pour cette catégorie de salariés, la plus durement touchée à notre avis par les effets de l’inflation. Se nourrir, se chauffer, entretenir sa voiture et remplir le réservoir pour aller travailler, cela concerne tout le monde et représente une part plus importante sur une petite rémunération.

Néanmoins, nous sommes conscients que vous êtes nombreux à avoir subi ces deux dernières années une perte de pouvoir d’achat.

Une dernière réflexion, pour rebondir sur la remarque de notre ami Ronald, qui juge que le mécanisme d’AG nuit à la capacité de l’entreprise de distribuer des augmentations au mérite plus significatives… On pourrait par exemple se demander s’il est acceptable pour les salariés d’être les seuls à subir l’inflation, dans le contexte d’une entreprise qui certes n’atteint pas les objectifs économiques qu’elle avait annoncés, mais dont les résultats sont loin d’être inquiétants (chiffre d’affaires, EBITDA, etc.). Deuxièmement, si l’on considère qu’il est important de reconnaître la performance individuelle, l’engagement, la compétence, pourquoi ne pas faire le choix d’investir dans une politique plus dynamique et volontariste ? Lectra sait investir dans la croissance externe, l’entreprise est solide et possède des marges de manœuvre (notre ratio de sécurité atteint des records et flirte avec les 100%).

Les arguments sont nombreux, que l’on se place dans les bottes du salarié qui voit le coût de la vie augmenter, ou du point de vue de l’entreprise : si la masse salariale est une ligne dans les charges du bilan comptable, les salariés sont une richesse clé dans la réussite collective et durable.

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